Networking : les preneurs gagnent à court terme. Les donneurs gagnent sur la durée

Posté le 18/07/2026 dans Best practices Réseau

Networking : les preneurs gagnent à court terme. Les donneurs gagnent sur la durée

Une frange non négligeable des décideurs encense le personal branding, la négociation agressive et l’art de se démarquer à tout prix. Dans les sphères décisionnelles et sur les réseaux sociaux, le message est clair : il s’agit de savoir se battre, d’avancer plus vite, de gagner plus d’argent et de passer devant les autres. Ces TPMG (tout pour ma gueule) considèrent le monde du travail comme une arène à somme nulle où le gain de l’un se fait nécessairement au détriment d’un autre. Pour eux, la générosité s’assimile à la marque du faible et la collaboration à une idée incongrue.
Pourtant, cette vision omet une vérité essentielle : les dirigeants et les entrepreneurs les plus efficaces ne réussissent pas en prenant davantage que les autres. Ils réussissent en apportant davantage. Dans Give and Take, Adam Grant démonte le mythe selon lequel le succès appartient aux impitoyables égoistes. Il soutient au contraire que la ligne de fracture déterminante dans la vie professionnelle sépare les preneurs et les donneurs. Comprendre cette distinction peut transformer en profondeur notre définition de l’ambition, de l’influence et de la réussite à long terme. Au cœur de cette différence se trouve un facteur que les organisations sous-estiment souvent : la qualité du réseau. Le succès ne voyage jamais seul. Il circule à travers les relations.

Preneurs et donneurs
Selon Adam Grant, la véritable ligne de partage au travail n’oppose pas les talentueux aux moyens, mais les preneurs aux donneurs. Les preneurs cherchent à extraire un maximum de valeur de chaque interaction. En revanche, les donneurs contribuent sans se focaliser obsessionnellement sur ce qu’ils recevront en retour. Or, la pensée traditionnelle suggère que la générosité ne rapporte rien et que les personnes « trop gentilles » finissent inévitablement dans la voiture-balai.
Les recherches de Grant révèlent un schéma différent. Si certains donneurs rencontrent effectivement des difficultés, les meilleurs éléments dans les organisations sont le plus souvent des donneurs stratégiques : ils ont appris à allier générosité et ambition. Ce qui distingue ces donneurs à haute performance n’est pas seulement leur état d’esprit, mais aussi la manière dont ils cultivent et activent des réseaux professionnels fondés sur la confiance, la réciprocité et la création de valeur à long terme.

Ce que la recherche révèle sur les donneurs
En s’appuyant sur des études menées dans plus de soixante-dix pays, Grant a constaté que les donneurs accordent systématiquement plus d’importance à l’empathie, à la contribution et à la responsabilité sociale qu’au pouvoir ou au statut. Ils se préoccupent moins de gagner que d’aider les autres à réussir.
À première vue, cela peut sembler désavantageux dans des environnements compétitifs. Pourtant, les résultats montrent que les donneurs authentiques inspirent une confiance plus profonde et une loyauté plus forte. Leurs relations deviennent des actifs et leur réputation se renforce avec le temps.
Ces conclusions rejoignent les travaux de chercheurs comme Robert Cialdini, qui a démontré que la crédibilité et la réciprocité génèrent une influence plus durable que l’intimidation ou l’auto-promotion. Concrètement, pour les donneurs, le networking n’est pas une démarche transactionnelle, c’est un écosystème. Chaque mise en relation, chaque partage d’idées et chaque connexion facilitée renforce une toile relationnelle qui, à terme, amplifie les opportunités et l’influence.

Comment les meilleurs donneurs construisent une véritable influence
Les donneurs qui accèdent au sommet ne se sacrifient pas aveuglément. Ils développent des réseaux étendus ancrés dans la confiance. Ils collaborent de manière à élever les équipes entières. Ils mettent en lumière les réussites des autres et, ce faisant, renforcent leur propre légitimité.
Certes, les preneurs malins peuvent tenter d’imiter ces comportements, mais l’imitation sans sincérité fonctionne rarement, car une générosité feinte se détecte aisément. Les donneurs authentiques se remarquent par leur capacité à attirer des soutiens qui souhaitent les recommander, travailler à leurs côtés et promouvoir leurs idées.
Conséquence : l’influence construite sur la contribution est plus solide que celle fondée sur la peur. Le réseau des donneurs devient un multiplicateur. Au lieu de se demander : « Qui peut m’aider ? », ils se demandent : « Qui puis-je connecter ? ». Avec le temps, ils deviennent des nœuds centraux dans leurs communautés professionnelles, reconnus non seulement pour leur compétence, mais aussi pour leur équité et leur générosité.

Les risques cachés de l’hypergénérosité
Attention cependant, la générosité sans limites peut devenir une forme d’auto-sabotage. De nombreux donneurs naturels s’épuisent, cèdent le mérite et négligent leurs propres objectifs. À long terme, cela engendre fatigue et ressentiment silencieux.
Grant distingue les donneurs sacrificiels des performeurs tournés vers les autres. Ces derniers comprennent que la durabilité est essentielle. Ils protègent leur temps. Ils fixent des limites. Ils investissent dans leur propre développement afin que leur contribution reste puissante sur le long terme.
Comme l’a souligné Brené Brown, la compassion sans limites n’est pas soutenable. Les donneurs les plus efficaces équilibrent le soin porté aux autres avec le soin porté à eux-mêmes. Le même principe s’applique au networking. Un réseau sain se cultive intentionnellement. Il exige sélectivité, clarté d’intention et bénéfice mutuel. Sans limites, même le capital relationnel le plus solide peut s’éroder dans la fatigue.

Du « prendre » au « donner »
Tous les preneurs ne sont pas figés dans cette identité. Certains commencent par donner pour des raisons d’image, mais les comportements finissent par transformer la perception de soi. En agissant généreusement de façon répétée, ils évoluent positivement et se voient progressivement comme des contributeurs plutôt que comme des compétiteurs.
Avec le temps, cette mue élargit leur réseau et renforce leur crédibilité. Les organisations dirigées par des leaders à mentalité de donneur tendent à développer des cultures plus fortes et de meilleures performances. Redéfinir le succès autour de la contribution significative plutôt que de l’accumulation personnelle change profondément la donne.

En définitive, la vraie question n’est pas de savoir si les preneurs peuvent gagner. Certes, certains, hélas, y parviennent. La question clé est plutôt : quel type de succès est durable ? Les carrières construites uniquement sur le mode TPMG reposent souvent sur une auto-promotion constante, un égoïsme forcené et des alliances fragiles. Celles fondées sur la contribution génèrent loyauté, confiance et capital réputationnel qui se renforcent avec le temps. Et dans un monde ACID (Anarchique, Chaotique, Incertain et Disruptif), cette valeur circule à travers les réseaux. Les professionnels qui l’ont compris ne collectionnent pas des contacts : ils construisent des communautés actives et solidaires.
Si vous voulez prospérer dans des organisations complexes et interconnectées, vous devez repenser ce que signifie réellement l’avantage compétitif. Observez vos interactions quotidiennes. Cherchez-vous à capter la valeur ou à la créer ? Fixez des limites pour que votre générosité reste durable. Construisez des réseaux fondés sur la confiance plutôt que sur l’opportunisme, avec discernement, constance et détermination.

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